GUY GWETH, Président CAVIE : « L’endettement de nos États s’est envolé au point d’approcher la barre des 60 % du PIB en 2020, soit plus de 6 points en 12 mois » 

 GUY GWETH, Président CAVIE : « L’endettement de nos États s’est envolé au point d’approcher la barre des 60 % du PIB en 2020, soit plus de 6 points en 12 mois » 

Le Centre africain de veille et d’Intelligence Economique (CAVIE) est une  organisation panafricaine sans but lucratif dont le siège africain est à Yaoundé et le siège européen à Paris. Dans cette interview, Guy Gweth, président de ladite structure, analyse l’impact de la Covid-19 sur les économies africaines, évoque les enjeux de la Zone de Libre-échange continental africaine (ZLECAF), la souveraineté numérique du continent et la cybercriminalité en lien avec l’intelligence économique.

 

Selon le CAVIE, dans son Référentiel sur l’intelligence économique (IE), le concept est « d’abord un état d’esprit, c’est ensuite une volonté politique, c’est enfin un dispositif qui anime un processus légal, rapide, continu et sécurisé de collecte, de traitement, d’analyse et de transmission de renseignements utiles à la compétitivité des acteurs économiques ». Aujourd’hui, si vous aviez à faire un bilan des pas franchis par l’IE en Afrique, vous diriez ?

Eh bien, je vous répondrais en toute franchise que l’intelligence économique, la vraie, ne se raconte pas. Elle se pratique sans bruit. Sa discrétion est une de ses clés de réussite. Les Etats et entreprises qui appartiennent à cette catégorie en Afrique sont encore peu nombreux. A l’instar du Rwanda et du Maroc, leurs actions parlent pour eux. A l’opposé, il y en a qui tentent d’appréhender, à grand renfort de publicité, un concept dont la théorie est séduisante et la pratique exigeante. Cette catégorie est la plus peuplée, encouragée par une presse en ligne en quête de contenus et les réseaux sociaux. Au milieu, il y a des acteurs qui comprennent les enjeux sous-jacents et se donnent les moyens de se former auprès de praticiens pour en acquérir les réflexes, mécanismes, méthodes et outils adaptés au contexte africain. En tout état de cause, pour pratiquer l’intelligence économique, la vraie, il faut être en danger au point de trouver dans l’information le glaive et le bouclier, gages de survie et de victoire dans un environnement travaillé par l’hyper compétition et l’agressivité.

Ces deux dernières années, la pandémie de la Covid-19 a fini de provoquer une récession mondiale et une dégradation de la conjoncture économique sans précédent, surtout pour les pays africains. Alors quel rôle peut jouer l’Intelligence économique dans un tel contexte pour permettre aux pays africains de tirer leur épingle du jeu ?

Il est vrai qu’en 2020, les économies africaines ont accusé la pire récession de leur histoire. D’après les chiffres compilés par le CAVIE, les pertes de production cumulées imputables à la Covid pourraient atteindre 12% du PIB en 2020-2021. Le CAVIE analyse déjà l’impact sur l’emploi et adresse ses recommandations aux gouvernements locaux. L’endettement de nos États s’est envolé au point d’approcher la barre des 60 % du PIB en 2020, soit plus de 6 points en 12 mois. Le CAVIE surveille de près le risque de surendettement qui guette nos Etats et envoie des alertes aux autorités compétentes. Sur un plan plus général, le CAVIE regarde cette crise comme une formidable opportunité pour minimiser l’exposition du continent aux marchés extérieurs et accroître son autonomie en matière d’alimentation, de santé, d’éducation, de défense et de production. Relever un tel défi passe par la mise à disposition rapide et sécurisée d’une information à haute valeur ajoutée aux décideurs qui en font la demande. 

Le CAVIE mène la réflexion sur plusieurs thématiques, notamment la cybercriminalité, la Souveraineté numérique et la Sécurité des données en Afrique entre autres. Pour ces   thèmes cités, quelle est l’importance de bien cerner les enjeux et de réussir à mettre en place une expertise locale ?

Cette question est assez pénible à aborder pour nous, car elle rend compte des résistances et de la léthargie que nous devons encore affronter chez certains décideurs locaux. Depuis une demi-douzaine d’années, nous militons pour la création d’unités spéciales dédiées à la cyberdéfense au sein de nos armées. Au mieux, on se dépêche lentement, tout autant que lorsqu’il faut légiférer sur la protection des données à caractère personnel. Faute d’intégrer le cyberespace comme champ de guerre, au même titre que la terre, la mer, l’air et l’espace, de nombreux Etats ont abandonné un pan critique de leur souveraineté au profit des puissances, des firmes multinationales et du crime organisé. Il est vital que les Etats africains aient la maîtrise de leur cyberespace.

L’Afrique doit aller à la conquête de nouveaux marchés, travailler à avoir plus de valeur sur ses matières premières, selon vous, sur quelles orientations mettre l’accent par le biais de l’intelligence économique, pour appuyer les opérateurs économiques africains ou le secteur privé africain d’une manière générale ?

Vu du CAVIE, la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), en vigueur depuis le 1er janvier 2021, est le chantier prioritaire des opérateurs privés et même du secteur public africain dans leur globalité. Au lieu d’acheter et de vendre au loin, en payant un lourd tribut à la planète et en s’exposant aux fluctuations des marchés internationaux, le challenge est d’accroître les échanges commerciaux intra-africains, par la transformation, l’élimination progressive des barrières tarifaires et non tarifaires. Avec 1,3 milliards de consommateurs, la ZLECAf constitue le plus vaste marché auquel sont exposées nos entreprises. Pour mener à bien ce gigantesque projet, leaders politiques et opérateurs économiques ont besoin d’informations à haute valeur ajoutée pour apprécier l’évolution des forces, faiblesses, menaces et opportunités auxquelles leurs entités sont exposées. Une fois ces besoins clairement exprimés, la mission de la communauté africaine de l’intelligence économique est d’aller faire les courses… en toute rapidité, agilité, sécurité et légalité.

Si vous aviez un plaidoyer à faire dans l’adoption de l’intelligence économique dans toutes les sphères en Afrique, quels seraient vos messages ?
Il me semble qu’en Afrique, la nouvelle génération des décideurs du public et du privé comprend globalement les enjeux de l’information stratégique aujourd’hui. Pour en accompagner quelques-uns, je puis affirmer que cette génération est consciente qu’après les quatre éléments que sont la terre, l’air, l’eau et le feu, il y a l’information. La vraie question est de savoir comment la capter de manière sélective, optimale, rapide et sécurisée pour la transformer en outil d’aide à la décision en contexte concurrentiel.  C’est toute la raison d’être des dispositifs d’intelligence économique clés en main et sur mesure que le CAVIE propose désormais aux Etats, entreprises faitières telles que les chambres de commerce ou les organisations patronales et syndicales. 

Pouvez-vous nous faire une présentation du CAVIE dans ses grandes lignes ?

Le CAVIE est une organisation panafricaine sans but lucratif dont le siège africain est à Yaoundé et le siège européen à Paris. Créé le 03 août 2015 et aujourd’hui présent dans 38 pays, le CAVIE est l’organisme de référence en matière d’audit, de formation et de mise en place de dispositifs de veille et d’intelligence économique adaptés au contexte africain. Le Centre a pour principales missions d’aider les acteurs africains à défendre leurs marchés domestiques, à conquérir les marchés extérieurs et à influencer les normes qui régissent leurs activités en Afrique comme à l’international. Le CAVIE surveille en permanence 12 secteurs clés de l’économie africaine, du profil des acteurs à leurs opérations, en passant par le contexte et la règlementation. Parmi ses nombreuses  références : la Présidence de la république de Côte d’Ivoire et celle du Togo, l’Assemblée nationale du Cameroun et celle du Congo, l’Association fédérale des PME allemandes, la Chambre de commerce du Burkina et du Togo, le Club des directeurs de sécurité du CAC 40, le patronat et le Contrôle supérieur de l’Etat du Cameroun, de nombreuses entreprises telles que la Mauritius Commercial Bank, Togo Invest, Sunu Assurances, le groupe Castel ou la Caisse de dépôts et consignations du Sénégal, etc. 

Entretien réalisé par EL Hadji Sady NDIAYE

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