Filière banane du Sénégal : Une certaine embellie et des écueils

 Filière banane du Sénégal  : Une certaine embellie et des écueils

Filière banane du Sénégal

Une certaine embellie et des écueils

Le Sénégal enregistre chaque année une production de banane qui oscille entre 35 à 37 mille tonnes par an, ce qui est du reste un tonnage non négligeable. Ainsi, toute une économie est en train d’émerger avec la culture de la banane dans quelques contrées du Sénégal. Toutefois, l’Etat devra résoudre les nombreux écueils qui empêchent d’exploiter tout le potentiel de cette filière.

La production de banane est bien réelle au Sénégal. Actuellement la production annuelle de banane au Sénégal se chiffre à plus de  30 mille tonnes. Dans ce tonnage, 80 % de la production proviennent de la région de Tambacounda, on a ensuite les régions de Sédhiou, Kolda et le Nord du Sénégal, décrit Adama Ndao, Secrétaire général, du Collectif régional des Producteurs de banane de Tambacounda (CORPROBAT). Ce dernier, parlant de sa contrée, indique qu’au niveau de Tambacounda, le climat est favorable à la culture de la banane, les terres sont disponibles et avec le fleuve Gambie qui traverse la région, la disponibilité en eau est à foison. Quand on sait que la culture de la banane nécessite un apport important en eau, on mesure mieux les atouts de la région de Tambacounda qui se spécialise de plus en plus dans la culture de la banane.

Pour sa part, le Directeur de l’Horticulture du Sénégal, le Dr Macoumba Diouf, estime que le  potentiel de cette filière aujourd’hui, au Sénégal, est énorme. Il soutient que le Sénégal est bien loti, en termes de disponibilité de terre, notamment dans  sa zone orientale, certes, mais dans d’autres contrées, comme Sédhiou, Kolda, dans le Walo entre autres. D’après le Directeur de l’Horticulture, si on se limite à la zone de prédilection de la filière, c’est-à-dire la région de Tambacounda, le potentiel est considérable. Mais, il faut dire que ce potentiel est sous-exploité, ce qui sous-entend que cette filière banane peut encore accroître en termes de rendements, explique-t-il. Il souligne qu’aujourd’hui, cette filière tourne autour de 35 voire 37 mille tonnes par an. « Nous pouvons facilement en faire le double sur maximum deux campagnes. Il ne s’agira pas de multiplier par deux cette production, pour simplement faire le double, parce qu’avec la production actuelle, il se pose un problème de commercialisation », campe le Directeur de l’Horticulture.

Commercialisation timide par moment dans les marchés régionaux à cause des importations de banane

Selon le Secrétaire général du CORPROBAT, Adama Ndao dans la filière banane au Sénégal, il y a certains producteurs qui font de la banane bio et d’autres qui font la banane conventionnelle, c’est-à-dire, le recours à des engrais chimiques. Maintenant il faut dire que les producteurs de banane bio, ont eu des contraintes pour vendre leurs produits, parce qu’il n’y a pas un marché bio au Sénégal et au finish,  ils ont été  obligés de vendre au même prix que les acteurs de la banane conventionnelle. Sur ce registre de la commercialisation de la production locale, le Dr Macoumba Diouf revient sur une autre réalité de la banne sénégalaise. Dans les détails, il relève que  la présentation de la banane locale pose problème et indique que nous cultivons les mêmes variétés que la banane ivoirienne. Ensuite, le Directeur de l’Horticulture est d’avis que la banane est un produit qui se vend par sa présentation, c’est-à-dire son apparence ; d’où l’importance de veiller à la gestion post-récolte, car jusqu’à la maturité physiologique du régime de banane, on a les mêmes caractéristiques que la banane ivoirienne ou ailleurs. « La différence se fait au moment où le régime est arrivé à maturité, qu’on le récolte et qu’on l’achemine vers les marchés pour sa commercialisation », souligne le Dr Macoumba Diouf. Ce dernier poursuit pour dire que «  vous allez en côte d’Ivoire où ailleurs, vous verrez toute une logistique, avec les câbles way qui permettent de prélever le régime du pied de la banane, jusqu’à la station de conditionnement, sans que personne n’y touche ». Il enchaîne en disant que les taches qu’on constate sur la banane sont dues aux empreintes digitales justement ; et  quand vous touchez la banane récoltée verte, quand elle mûrit et devient jaune, les taches sur la banane vont se noircir ». En conclusion, le Directeur de l’Horticulture mentionne que  « vous aurez d’apparence ou d’aspect extérieur une banane tachetée de loin, qui est d’office rejetée, qui pour vous est de moindre qualité que la banane ivoirienne, en termes de goût ou de qualité organoleptique, ce qui n’est pas vrai ». Néanmoins, il déclare que  « la banane sénégalaise n’est pas perçue comme une banane de qualité, par le marché haut de gamme sénégalais. Dans les marchés hebdomadaires du Sénégal, la banane locale se vend bien. Mais à Dakar, à Sandiniéri et les capitales régionales, où il y a le marché haut de gamme, la banane locale peine à être commercialisée, sauf si à coté il n’y a pas la banane ivoirienne».

Plaidoyer pour une régulation en fixant les prix et envisager une suspension des importations

A en croire le Secrétaire général du CORPROBAT, au Sénégal  le kilogramme de la banane, bord champ est fixé à 200 FCFA, alors que sur le marché à Dakar, le kilogramme oscille entre 500 et 600 FCFA. Il y a une différence énorme et on a saisi l’ARM (Agence de Régulation des Marchés) pour que le prix fixé intègre les charges des producteurs, note-t-il. « Nous prenons l’initiative à chaque début de campagne de réunir les producteurs de banane et les commerçants pour des  échanges et un consensus sur le prix du kilogramme. Maintenant, nous voulons impliquer l’ARM dans la fixation du kg bord champ dans l’intérêt des producteurs, car nous souhaitons une régulation dans la filière banane au Sénégal à l’instar des autres secteurs », argumente Adama Ndao. De l’avis de ce dernier,  « l’ARM nous avait demandés de lui fournir un compte d’exploitation, ce qui a été fait et depuis lors on attend une réaction de leur part. Nous sommes convaincus qu’une implication de l’ARM dans la fixation du prix du kg de la banane locale participera à dynamiser la filière ».

Par ailleurs, sur l’alternative de procéder à une suspension des importations, le temps d’écouler la récolte nationale, le Dr Macoumba Diouf indique la voie à suivre. Dans son argumentaire, il fait savoir que la régulation porte sur des produits qui sont importés au Sénégal, et dont une production locale est disponible ou pourrait être disponible. Toutefois, s’agissant de la filière banane, il précise que cette stratégie de régulation sied pour une production qui est demandée par le marché haut de gamme sénégalais. Si on n’a pas une production de qualité de la banane locale, la question est sans objet. La régulation aussi suppose un certain volume et un standard minimal de qualité, ce qui pose problème pour la filière locale présentement. Tout n’est pas mauvais dans la production locale, mais les exceptions qui sortent du lot, dans cette mêlée de producteurs, c’est une portion congrue. Si on décide d’arrêter les importations de banane pour  deux mois par exemple, il faut garantir  pour les mêmes deux mois, un approvisionnement du marché sénégalais avec une banane de qualité, mais aussi en termes de volume. Il faut réunir toutes ces conditions avant de penser à une régulation. Donc, régulation, oui, mais il y a des préalables. On devrait en principe arriver à ce stade, parce que l’Etat du Sénégal a consenti à des investissements dans la filière banane pour concrétiser l’idée de label ‘‘Banane du Sénégal’’. En outre, le Dr Macoumba Diouf pense que  cette pandémie de la Covid-19 démontre qu’il est devenu urgent maintenant,  pour les nations de développer leurs propres filières et autres industries, parce que de plus en plus les pays se barricadent.

El Hadji Sady NDIAYE

Administrateur

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