Entretien avec Dr Macoumba Diouf, Directeur de l’Horticulture du Sénégal : « Dans deux ans maximum, en 2022, le Sénégal sera autosuffisant en banane »

 Entretien avec Dr Macoumba Diouf, Directeur de l’Horticulture du Sénégal  : « Dans deux ans maximum, en 2022, le Sénégal sera autosuffisant en banane »

L’Etat du Sénégal veut faire de la filière banane, un segment important de l’horticulture sénégalaise. En effet, le Directeur de l’Horticulture, Macoumba Diouf, informe que de 56 mille tonnes en 2012, les exportations horticoles ont atteint 122 mille tonnes en 2018 et l’objectif affiché est d’atteindre 200 mille tonnes de produits horticoles exportés en 2024. Ainsi, la filière banane avec l’initiative du Chef de l’Etat d’aménager et d’équiper 500 hectares dans la région de Tambacounda, sera une spéculation phare de l’horticulture sénégalaise.

Est-ce-que vous êtes convaincus que si on règle les contraintes de la commercialisation, les aspects post-récolte et la logistique ; on pourra espérer une émergence de la filière banane ?

Tout à fait ! La demande existe, on importe pour 4 à 5 milliards de FCFA par an pour la banane. En 2018, les importations de banane se chiffraient à 3,700 milliards de FCFA. Alors qu’on peut produire beaucoup plus que nos besoins au Sénégal. ID Bio, avec son programme amélioration de la productivité et de la compétitivité ambitionne d’investir dans la filière banane dans les 05 ans à venir 6,7 milliards de FCFA. Si le potentiel n’y était pas, cette structure n’aurait pas envisagé un tel investissement. Il s’agit avec cette initiative de faire de la banane bio et ID BIO a déjà un marché. Il y a de cela trois ans, une expérience réussie a été faite avec CORPROBAT, qui a envoyé un container de bananes bio en Allemagne. 

Il faut dire que le marché sénégalais de la banane est un marché essentiellement haut de gamme, c’est-à-dire un marché au niveau des grands centres urbains. Ces consommateurs pour l’essentiel n’achètent que la banane importée, c’est ce qui explique la faible commercialisation de la production locale. Pour vous dire, que si on règle les exigences de ce marché haut de gamme, en ayant une banane de qualité, la banane locale trouve un marché pour une commercialisation conséquente. Ensuite, on a des opportunités pour exporter, parce que la demande au niveau international est énorme et elle n’est pas satisfaite par les grands pays producteurs comme la Côte d’Ivoire pour l’Afrique et les pays d’Amérique du Sud. Donc, il y a un marché au Sénégal, mais avec de la banane de qualité. Ce que l’Etat du Sénégal est en train de faire (aménagement et équipement de 500 hectares de terre à Tambacounda) et l’initiative d’ID Bio, il s’agit de mettre l’accent sur la production d’une banane de qualité au Sénégal. 

Aujourd’hui, la production nationale de banane oscille entre 35 à 37 mille tonnes par an, alors à l’instar de l’oignon et de la pomme de terre, on ne pourrait pas envisager une sorte de régulation en suspendant les importations pour vendre la production locale ?

La réponse est presque triviale. Oui, parce que je viens de vous dire, qu’il y a un marché qui existe. La régulation porte sur des produits qui sont importés au Sénégal  et dont une production locale est disponible ou pourrait être disponible.  Mais cette stratégie de régulation, elle sied pour une production qui est demandée par le marché haut de gamme sénégalais. Si on n’a pas une production de qualité de la banane locale, la question est sans objet. La régulation aussi suppose un certain volume et un standard minimal de qualité, ce qui pose problème pour la filière locale présentement. Tout n’est pas mauvais dans la production locale, mais les exceptions qui sortent du lot, dans cette mêlée de producteurs, c’est une portion congrue. Si on décide d’arrêter les importations de banane pour  deux mois par exemple, il faut garantir  pour les mêmes deux mois, un approvisionnement du marché sénégalais avec une banane de qualité, mais aussi en termes de volume. Il faut réunir toutes ces conditions avant de penser à une régulation. Donc, régulation, oui, mais il y a des préalables. On devrait en principe arriver à ce stade, parce que l’Etat du Sénégal a consenti à des investissements dans la filière banane pour concrétiser l’idée de label ‘’Banane du Sénégal’’.  Cette pandémie de la Covid-19 démontre qu’il est devenu urgent maintenant,  pour les nations de développer leurs propres filières et autres industries, parce que de plus en plus les pays se barricadent. 

Maintenant en dehors de l’initiative du Chef de l’Etat d’aider la filière banane avec une enveloppe de 3 milliards de FCFA, pour  l’aménagement et l’équipement de 500 hectares dans la région de Tambacounda, est-ce-que qu’à l’instar des autres spéculations comme l’arachide, les producteurs bénéficient d’appui en termes de semences et d’engrais entre autres ?

Tout à fait. L’appui du Chef de l’Etat  pour une enveloppe de 3 milliards de FCFA, c’est l’aménagement des 500 hectares, en matériel d’irrigation avec des câbles way, en stations de conditionnement et aussi  la fourniture d’engrais organique, plus exactement de la fumure organique. Par ailleurs, il faut dire que chaque année, même si les quantités restent dérisoires, l’Etat appui  en dotation d’engrais chimique subventionné le secteur de l’horticulture dont la filière banane est une des composantes. La filière reçoit sa part d’engrais chimique chaque année dans ce lot, mais les quantités restent insuffisantes, voire marginales. Il faut souligner le fait que la quantité globale d’engrais chimique destinée à l’horticulture n’est pas conséquente et en plus il y a une kyrielle de filières horticoles. Alors il faut retenir que la quantité d’engrais chimique au profit de la filière banane, reste très infime. En outre, il faut relever aussi que ce n’est pas le meilleur engrais pour la filière, car c’est avec l’engrais organique qu’on produit la meilleure banane en termes de goût et de conservation. 

Le programme de productivité et de compétitivité d’ID BIO va-t-il englober  toutes les zones de production de banane, notamment le Sénégal oriental, la zone Sud et la vallée du fleuve Sénégal ?

Il faut dire que la phase pilote ne concerne que la région de Tambacounda et dans cette contrée que trois groupements membres sur les 45 que comptent le CORPROBAT (Collectif régional des producteurs de banane de Tambacounda). A terme, le projet vise l’ensemble des groupements et l’ensemble des zones de production de la banane. Les responsables d’ID BIO ont prévu d’investir 6,7 milliards de FCFA pour une période de 5 ans. Dans ce programme avec les producteurs, ID BIO aura en charge de collecter les productions et les vendre, il est prévu un assureur avec un tiers détenteur et des techniciens pour appuyer les producteurs en termes de renforcement de capacités. 

En tant que Directeur de l’horticulture, si vous aviez une projection à faire sur l’autosuffisance en banane du Sénégal, quelle serait votre échéance ?

Je dirai maximum dans 2 ans, c’est-à-dire en 2022. Je donne cette échéance, parce que le cycle de la banane, c’est 9 mois. Si tout se passe bien à partir de cette année, dans 6 mois, les 500 hectares vont être plantés. Ensuite, 9 mois après, donc dans la moyenne des 15 mois, de la filière pourra récolter un surplus de 20 mille tonnes et si l’on y ajoute la production actuelle des 35 à 37 mille tonnes, le Sénégal va atteindre la barre des 60 mille tonnes de banane. 

 

Entretien réalisé par El Hadji Sady NDIAYE

Papa Code NDOYE

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