Contribution à la croissance à deux chiffres : Des experts listent les facteurs bloquants pour le secteur privé national 

 Contribution à la croissance à deux chiffres : Des experts listent les facteurs bloquants pour le secteur privé national 

Le Sénégal ambitionne d’atteindre une croissance à deux chiffres. C’est pourquoi les participants aux Assises Economiques du MEDS ont réfléchi autour du sous-thème : « Contribution du secteur privé national dans la croissance à deux chiffres ». Des experts ont ainsi listé les facteurs bloquants qui freinent les efforts des opérateurs économiques sénégalais.

L’économiste Souleymane Astou Diagne estime que certaines contraintes doivent être levées pour que le secteur privé national puisse mieux contribuer dans la croissance à deux chiffres. Il a cité le coût de l’énergie au Sénégal avec un prix du kwh qui tourne autour de 30 centimes contre 10 centimes dans certains pays. Cette situation pose un problème de compétitivité pour le secteur privé, a averti l’enseignant à la
UFR des Sciences Economiques et de Gestion de l’Université Alioune Diop de Bambey. L’expert a, ensuite, mis en exergue les prouesses de la Chine sur le plan du numérique. Ainsi, pour accroître les chances des acteurs économiques locaux, il suggère d’inciter le secteur privé à davantage de maîtrise des technologies.  

Coûts du transport

Pour que le secteur privé puisse jouer pleinement son rôle dans la quête d’une croissance à deux chiffres, l’économiste recommande aussi de mettre l’accent sur le capital humain. Il s’agit de l’ingrédient principal pour permettre à un pays de se développer. Avec le processus du développement, l’on assiste à un rétrécissement du secteur primaire en faveur du secteur secondaire et au rétrécissement de celui-ci au profit du secteur tertiaire. Cependant, au Sénégal 9 salariés sur 10 sont dans le secteur informel. Il n’y a pas de saut qualitatif pour les acteurs qui évoluent dans l’économie informelle. L’économiste estime par conséquent qu’il faut renverser la tendance. L’autre contrainte à lever pour une contribution substantielle du secteur privé national dans la croissance à deux chiffres est relative aux coûts du transport. Au Sénégal, le coût du transport est évalué à environ 30 % de la valeur de la marchandise, alors que la norme internationale est de 8 % de la valeur de la marchandise. « Le transport est un facteur bloquant. L’économie a du mal à s’émanciper », se désole-t-il. 

Equation du financement

L’autre écueil est que le secteur privé national formel est géographiquement basé à Dakar. En outre, regrette-t-il, « le secteur privé national n’a pas d’instruments financiers ». Or, la banque Attijari soutient les entreprises marocaines dans les grands appels d’offres, fait-il observer. Pour Souleymane Astou Diagne, il faut mettre l’accent sur l’import-substitution pour mieux asseoir le développement industriel. Les produits de l’agriculture et les activités connexes, ainsi que les industries extractives constituent de gros potentiels pour le secteur privé national. Pour sa part, Modibo Diop, homme d’affaires membre du MEDS, suggère que le BCI (Budget Consolidé d’Investissement) soit accordé au secteur privé national. A son avis, l’on doit faire en sorte que, par exemple, si l’ONUDI apporte un financement pour un projet industriel, qu’au moins 40 % soit accordé au secteur privé national. Les partenariats publics privés (PPP) représentent 4.700 milliards de francs FCA. 

Une stratégie de développement en discussion

Cependant, « face aux entreprises étrangères, le secteur privé national est faible ». Pour Modibo Diop, il faut changer la donne pour que les richesses du pays reviennent aux Sénégalais. Néanmoins, Lansana Gagny Sakho, expert en développement du secteur privé, ne milite pas en faveur de la « préférence nationale ». Il trouve plutôt que le secteur privé national doit travailler en partenariat avec le secteur privé étranger. Par ailleurs, par rapport à la concentration des activités à Dakar, Modibo Diop fait remarquer qu’on ne peut pas développer un pays à partir d’une Capitale. Il a expliqué que le secteur privé et les autorités étatiques sont en train de travailler sur une stratégie qui va donner des indications pour le développement du secteur privé. Ces travaux pourraient aboutir à une Loi. 

Joseph SENE

Administrateur

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